Galeries d’art physiques vs galeries d’art digitales

par Gwladys Boissy | 🗓 31 mai 2021 | 📢 Promotion, 🧮 Marché de l'art

À l’instar des réseaux sociaux et du site internet personnel, les galeries d’art digitales font partie depuis plusieurs années des outils nouvelle génération permettant à l’artiste de faire connaître son travail et de vendre ses œuvres. Connaissant un essor considérable depuis le début de la crise sanitaire, ces galeries en ligne semblent aujourd’hui s’imposer comme un acteur incontournable du marché de l’art. Faisant l’objet d’un intérêt toujours plus croissant de la part des artistes et des collectionneurs, elles sont considérées aujourd’hui comme des concurrentes sérieuses à la galerie d’art physique.

Pourtant, si elles présentent des avantages certains que n’offrent pas les galeries d’art physiques, elles ne peuvent être considérées comme une réelle alternative à ces structures car leur logique et leur mode de fonctionnent diffèrent de ces dernières. Focus sur les critères qui caractérisent respectivement ces deux types de galeries et sur les avantages et inconvénients qu’ils offrent aux artistes et aux collectionneurs

Quelle est la différence entre les galeries d’art physiques et les galeries d’art digitales ?

Si ces deux types de structures sont qualifiées de « galeries d’art », elles présentent des caractéristiques propres qui permettent de bien les distinguer.

Les galeries d’art physiques, instances de légitimation du travail de l’artiste

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les galeries d’art physiques jouent un rôle essentiel dans la construction de la carrière des artistes dont elles assurent l’émergence et la promotion via l’organisation d’expositions, la participation à des foires d’art ou encore la publication de livres monographiques.

Au même titre que les commissaires d’expositions, les collectionneurs ou les musées, elles sont considérées comme des instances de légitimation car elles ont autorité dans le monde de l’art et permettent ainsi aux artistes dont elles défendent le travail d’obtenir une certaine reconnaissance de la part du milieu artistique et de se construire une cote.

Si l’expression « galerie d’art » semble renvoyer à un seul type d’entité, il est pourtant possible de distinguer trois types de structures différentes qui varient selon leur taille, leur mode de fonctionnement et leur influence au sein du marché de l’art

Les galeries d’art physiques les plus nombreuses sont les galeries de petite taille au sein desquelles le galeriste assume une majorité de tâches seul. Situées en grande partie en province, elles représentent surtout des artistes français et se positionnent essentiellement sur le premier marché, ce qui signifie qu’elles vendent en grande majorité des œuvres qui proviennent directement de l’atelier de l’artiste et qui n’ont jamais fait l’objet de transactions. Ne disposant pas d’importants moyens financiers, elles participent peu aux salons et foires d’art contemporain et ont un ancrage majoritairement local.

La seconde catégorie de galeries d’art physiques est celle des galeries d’art de taille moyenne, qui fonctionnent avec l’aide de plusieurs salariés et qui sont le plus souvent implantées en région parisienne. Très présentes sur les salons et foires d’art contemporain, aussi bien en France qu’à l’étranger, elles apportent un soutien important aux artistes sur le plan promotionnel mais aussi parfois sur le plan économique en finançant la production des œuvres. Très actives sur le premier marché, ce sont elles qui permettent à un grand nombre d’artistes d’émerger et qui assument une prise de risque conséquente.

Enfin, il existe des galeries qui s’apparentent à de véritables entreprises et qui disposent de moyens financiers considérables leur permettant d’assurer une activité de promotion et de communication soutenue. Toutes implantées à Paris, elles disposent généralement de plusieurs lieux d’exposition à travers le monde au sein desquels elles font découvrir le travail d’artistes français mais, aussi et surtout, d’artistes étrangers. Actives sur le premier marché, elles interviennent également sur le second en revendant des pièces d’artistes contemporains célèbres, voire des artistes qu’elles représentent elles-mêmes afin d’avoir un contrôle absolu sur leur cote.

Certaines galeries de cette dernière catégorie sont qualifiées de « poids lourds » voire de « méga-galeries » en raison de l’importance considérable qu’elles occupent sur le plan artistique, marchand et médiatique. Il s’agit des galeries telles que les galeries David Zwirner, Larry Gagosian ou Thaddaeus Ropac. Présentes au sein des plus grandes foires d’art contemporain, elles financent la production d’œuvres d’art imposantes et nouent des partenariats avec des acteurs majeurs du monde de l’art tels que des commissaires d’exposition mondialement reconnus ou des maisons de ventes prestigieuses comme Sotheby’s ou Christie’s. Très influentes et jouissant d’un rayonnement international, elles sont souvent associées au segment le plus spéculatif du marché de l’art.

Quelque soit leur profil, les galeries d’art physiques sont de plus en plus nombreuses à assurer leur présence en ligne et à adosser à leur site internet un e-shop leur permettant de conclure directement des transactions. Elles sont aussi de plus en plus enclines à se tourner vers les plateformes de ventes en ligne à portée internationale, telles que Artsper par exemple, qui leur permettent de toucher un public d’amateurs d’art et de collectionneurs beaucoup plus large.

Les galeries d’art digitales, acteurs de la démocratisation de l’achat d’art

Beaucoup plus récentes, les galeries d’art digitales sont apparues, quant à elles, au milieu des années 2000 puis se sont développées à partir des années 2010-2015.

Portées par une envie de démocratiser l’art, elles proposent des œuvres à prix accessibles et s’attellent à démystifier l’acte d’achat d’art. Bénéficiant d’une réputation et d’une légitimité moindre par rapport à celles des galeries d’art physiques,  elles associent à leur plateforme de ventes en ligne un blog/magazine et une newsletter destinés tant à faire la promotion des artistes présents sur leur site qu’à rassurer les potentiels acheteurs sur leur expertise et la qualité de leurs services.

Là encore, l’expression « galeries d’art digitales » recouvre des réalités différentes.

Il est possible de trouver des galeries d’art digitales dont le fonctionnement et la logique sont similaires à celles des galeries d’art physiques. Ce sont des galeries à taille humaine, qui exposent et vendent exclusivement en ligne et qui représentent un nombre limité d’artistes dont elles assurent la promotion. C’est notamment le cas d’Artistics, une galerie digitale active depuis 2013 et qui mise sur les nouvelles technologies pour optimiser l’achat d’art en ligne comme par exemple l’affichage à 360° des œuvres en trois dimensions.

Cependant, la dénomination de « galeries d’art digitales » tend surtout à désigner des plateformes de mises en relation entre artistes et acheteurs qui s’assimilent à des places de marché, des « marketplaces », plus qu’à de véritables galeries d’art.

Certaines de ces plateformes jouent le rôle de tiers de confiance pour les artistes et les acheteurs en assurant le bon déroulement et la sécurité de la transaction, de la conclusion de la vente jusqu’à la livraison de l’œuvre. Elles mettent à disposition des deux parties un système sécurisé de paiement en ligne et un service de transport spécialisé et assuré. Elles s’occupent également des éventuels retours d’œuvres en cas d’insatisfaction de l’acheteur ou d’endommagement de la pièce. Intermédiaires actifs, elles jouent également le rôle d’entremetteurs en cas de négociations sur le prix de vente. Il s’agit de galeries en ligne comme Kazoart ou Singulart.

S’adressant essentiellement aux artistes émergents, ces plateformes opèrent un travail de sélection des artistes et hébergent sur leurs plateformes les œuvres de 1 000 à 10 000 artistes. Ces derniers gèrent leur profil de manière autonome en rédigeant leur biographie et la présentation de leurs œuvres, en photographiant les pièces mises en ligne et en fixant eux-mêmes les prix de vente. Si une de leurs œuvres est achetée, les artistes doivent émettre une facture, emballer l’œuvre selon les consignes communiquées par la plateforme et la confier au service de transport accompagnée d’un certificat d’authenticité signé de leur main. Une fois la transaction bouclée, ils reçoivent de la plateforme le paiement de la vente par virement après déduction des frais de commission.

D’autres plateformes sont, quant à elles, plus passives dans l’intermédiation, leur rôle se limitant à la mise en relation des artistes et des amateurs d’art. Les deux parties sont en contact direct, négocient entre elles les modalités de la vente et de transport et concluent la transaction en dehors de la plateforme. L’intégralité du processus de vente échappe au contrôle de cette dernière qui ne garantit ni la sécurité du paiement ni n’assure le transport. Il arrive toutefois que ces plateformes mettent à disposition des clients qui le souhaitent un paiement en ligne sécurisé et un service de transport assuré moyennant le paiement d’une commission ou d’un abonnement. Proposant parfois aussi un service d’impression de reproductions d’œuvres, ces galeries en ligne n’opèrent pas de sélection entre les artistes et ne jouent qu’un rôle très minime dans leur promotion. Parmi ces marketplaces, Artmajeur ou ArtQuid sont les plus connues.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la galerie d’art physique ?

Reposant sur un modèle de fonctionnement assez ancien, les galeries d’art physiques présentent des avantages et des inconvénients, pour l’artiste comme pour le collectionneur.

Les avantages et les inconvénients de la galerie d’art physique pour l’artiste

Ayant autorité dans le monde de l’art, les galeries d’art physiques offrent une légitimité et une reconnaissance non négligeables à l’artiste dont elles exposent le travail. Si ces structures suscitent de plus en plus la méfiance des artistes et qu’elles sont de moins en moins fréquentées par les amateurs d’art, les expositions qu’elles organisent entre leurs murs demeurent encore aujourd’hui un passage quasi-obligatoire pour l’artiste qui souhaite faire sa place au sein du marché de l’art.

La possibilité de nouer une relation exclusive et personnelle avec un marchand promouvant activement son art est aussi un avantage offert par la galerie d’art physique. L’artiste peut ainsi être épaulé dans le développement de sa carrière et bénéficier de conseils avisés en matière de positionnement artistique et de commercialisation de ses œuvres. Il peut également recueillir des avis qualifiés sur sa production artistique et déterminer ainsi les points forts et les points faibles qui caractérisent son travail.

La galerie d’art physique permet aussi à l’artiste de bénéficier d’une certaine reconnaissance symbolique : avoir une exposition entièrement consacrée à son art et voir ses œuvres accrochées sur des cimaises est une forme de consécration pour l’artiste. Présentées comme dans un musée, les pièces produites par l’artiste y acquièrent officiellement le statut d’œuvres d’art. Le vernissage, en rassemblant des dizaines de personnes enthousiastes à l’idée de découvrir le travail de l’artiste et d’échanger avec lui, est le point culminant de cette consécration.

Ce dernier favorise également un contact direct avec les amateurs d’art, les collectionneurs et les professionnels du monde de l’art. C’est un excellent moyen pour l’artiste de se construire un réseau professionnel et de tisser des relations qui peuvent être très bénéfiques pour la suite de sa carrière. Cela lui permet également de recueillir l’opinion du public, de déterminer comment est perçu son travail et de savoir quelles émotions suscitent ses œuvres.

Mais si les galeries d’art physiques sont des alliés indispensables à l’artiste, elles présentent aussi des inconvénients qui conduisent parfois ce dernier à s’en détourner. L’un des premiers freins de ces structures est le fait qu’elles soient très sollicitées : il y a beaucoup de candidats pour peu d’élus. Trouver une galerie qui s’engage à ses côtés est donc un véritable casse-tête pour un grand nombre d’artistes. Aussi, la commission par laquelle se rémunère la galerie pour le travail qu’elle effectue est souvent perçue comme excessive : généralement, elle s’élève à 50% du prix de vente de l’œuvre toutes taxes comprises. Une visibilité trop restreinte à l’international, des expositions personnelles trop espacées dans le temps et l’exigence d’une exclusivité dans la vente des œuvres sont également des éléments qui peuvent dissuader un artiste de travailler avec les galeries d’art physiques.

Les avantages et les inconvénients de la galerie d’art physique pour le collectionneur

Pour les collectionneurs, la galerie d’art physique demeure un lieu privilégié d’acquisition des œuvres d’art. Ceux-ci perçoivent l’exposition en galerie d’art physique comme un signal de qualité : ainsi, 64% des collectionneurs français reconnaissent que le fait qu’un artiste soit exposé en galerie est un facteur important ou très important dans leur décision d’achat1. Un artiste soutenu par une galerie d’art physique est perçu comme ayant un avenir plus prometteur que celui qui ne l’est pas : par conséquent, l’achat de l’œuvre d’un artiste exposé en galerie d’art paraît moins risqué et plus rassurant que l’acquisition d’une œuvre réalisée par un artiste non représenté par une telle structure.

Cette importance de l’exposition en galerie d’art physique se justifie notamment par la confiance que les collectionneurs d’art accordent aux galeristes, à leur expertise et à l’opinion que ceux-ci portent sur le travail des artistes : 74% des collectionneurs français jugent en effet les avis des galeristes comme importants ou très importants2. Les galeristes sont donc encore considérés comme des intermédiaires avertis prodiguant des conseils avisés qu’il est judicieux de suivre.

Plus qu’un lieu d’acquisition, la galerie d’art physique est aussi un lieu d’information et de formation. Favorisant les échanges directs avec le galeriste, elle permet au collectionneur de recueillir des informations précieuses sur la création contemporaine, sur la démarche et le style des artistes ainsi que sur la place de ces derniers au sein du marché de l’art. Offrant un accès direct à l’œuvre, la galerie d’art physique offre également au collectionneur la possibilité de développer son œil et d’affiner son expertise artistique.

La possibilité de nouer une relation personnelle et durable avec le galeriste est aussi un avantage considérable de la galerie d’art physique pour le collectionneur. Pour ce dernier, une telle proximité facilite le processus d’achat d’art car, connaissant ses goûts et ses capacités financières, le galeriste est en mesure de lui présenter des œuvres qui sont susceptibles de lui plaire et dont le prix de vente correspond à son budget. Les négociations relatives au prix de vente se trouvent également simplifiées par cette proximité.

En raison de ces nombreux éléments, la galerie d’art physique est donc un canal d’acquisition largement plébiscité par les collectionneurs d’art. Pourtant, les galeristes sont nombreux à déplorer depuis plusieurs années une baisse toujours plus croissante de la fréquentation de leurs galeries par les amateurs d’art. Le côté intimidant de l’espace d’exposition, le manque de transparence sur les prix des œuvres ainsi qu’un choix d’artistes trop restreint expliquent en partie le désintérêt de certains acquéreurs d’art pour ce type de structures. Un désintérêt qui profite souvent aux galeries d’art en ligne…

Quels sont les avantages et les inconvénients de la galerie d’art physique ?

Comme les galeries d’art physiques, les galeries d’art digitales ont leur propres atouts et faiblesses.

Les atouts et les faiblesses de la galerie d’art digitale pour l’artiste

Pour un grand nombre d’artistes, l’atout majeur de la galerie d’art digitale est son accessibilité. Uniquement restreinte par les limites du web, une plateforme de vente en ligne dispose d’un espace d’exposition virtuel illimité qui lui permet de mettre à la vue des utilisateurs un nombre inépuisable d’artistes et d’œuvres. Ayant des coûts de fonctionnement moindres, la mise en avant d’artistes débutants ne représente pour elle qu’un faible risque financier. La galerie d’art digitale peut donc se permettre d’être beaucoup moins sélective que la galerie d’art physique tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Elle se révèle donc beaucoup plus accessible pour les artistes que la galerie d’art physique.

En plus d’être ouverte à un grand nombre d’artistes, la galerie d’art digitale se rémunère le plus souvent avec un taux de commission inférieur à celui des galeries d’art physiques. Sur ce point, le principe est le suivant : plus la galerie d’art en ligne s’engage dans le processus d’achat de l’œuvre et dans la promotion de l’artiste, plus la commission qu’elle prélève sur la vente d’une œuvre est importante. Ainsi, si la commission d’ArtQuid correspond seulement à 10% du prix de vente de l’œuvre toutes taxes comprises, celle d’Artmajeur oscille entre 15 et 20%. Plus importante encore est  celle de Kazoart qui s’élève à 34,13%, tandis que celle de Singulart égale celle des galeries physiques à savoir 50% du prix de vente de l’œuvre toutes taxes comprises.

Autre avantage séduisant pour l’artiste : la galerie d’art en ligne, de par sa nature digitale, offre une visibilité plus grande auprès d’un panel d’acquéreurs plus large et aux profils plus variés. En effet, si le public touché par une plateforme internet est bien évidemment beaucoup plus grand que celui d’une galerie d’art physique, il est aussi plus hétéroclite puisqu’il inclut aussi bien de jeunes acquéreurs que des collectionneurs affirmés, des acheteurs français que des amateurs d’art étrangers, des clients réguliers que des acquéreurs occasionnels. La galerie d’art digitale offre donc aux artistes une visibilité et des opportunités de vente que ne fournit pas la galerie d’art physique. Les chiffres sur le sujet sont d’ailleurs impressionnants : si Kazoart rassemble 250 000 amateurs d’art du monde entier, ces derniers sont au nombre d’un million à se retrouver sur Artmajeur et sont près de trois millions à utiliser Singulart.

Excluant toute exposition physique, la galerie d’art digitale permet à l’artiste de faire face à une logistique moindre puisque les œuvres ne sont ni déplacées, ni stockées en dehors de l’atelier. L’artiste est également plus libre dans la création de ses œuvres : il n’a pas à produire un nombre défini de pièces, n’a pas de directives à respecter en matière de style ou de format et n’a pas de deadline à tenir. Il peut vendre ses œuvres sans quitter son atelier et ce, même en évoluant loin des galeries d’art.

Mais cette liberté est à double tranchant : livré à lui même, l’artiste doit gérer de manière autonome la vente de ses œuvres. Ainsi, il doit être à même de choisir efficacement les œuvres à mettre en vente, de fixer le plus justement possible ses prix, de promouvoir activement son art et de communiquer aisément sur sa démarche artistique. Les galeries d’art digitales proposent des services différents pour accompagner l’artiste dans cette tâche : tandis qu’Artmarjeur se borne à offrir une visibilité à l’artiste sur son site internet, ses réseaux réseaux et au sein de sa newsletter, l’équipe de Kazoart endosse le rôle de « conseil et de facilitateur 1 » et Singulart met à disposition des artistes un « artist liaison 1 » et un conseiller logistique chargés respectivement d’épauler l’artiste dans la promotion de son art et dans le déroulement de chaque transaction. Cependant, aussi louables soient elles, ces initiatives sont loin d’égaler le rôle joué par un galeriste traditionnel dans la reconnaissance et la défense d’un artiste.

Aussi, vendre ses œuvres sur une plateforme de vente en ligne est moins valorisant et moins prestigieux que d’exposer au sein d’une galerie d’art physique. Les galeries d’art en ligne ne bénéficiant pas encore de la légitimité dont jouissent les galeries d’art physiques, la présence de l’artiste sur une de ces plateformes ne lui permet pas d’accéder de manière significative à la reconnaissance. Pire, présenter et vendre son travail via certaines de ces galeries d’art digitales peut même porter préjudice à l’artiste : des plateformes comme ArtQuid et Artmajeur, en n’opérant aucune sélection entre les artistes et en proposant un service d’impression de reproductions d’œuvres en nombre illimité, revêtent un côté « supermarché de la culture » qui risque fortement de nuire au travail et à la réputation de l’artiste sur le long terme.

Autre inconvénient majeur de la galerie d’art en ligne : l’artiste risque d’être noyé dans la masse et de voir ses œuvres rester inaperçues. En effet, même les plateformes les plus sélectives accueillent un nombre d’artistes et d’œuvres considérables sur le site : on dénombre environ 1 000 artistes et 40 000 œuvres chez Kazoart, 6 500 artistes et 45 000 œuvres chez Singulart et 160 000 artistes et deux millions d’œuvres chez Artmajeur ! Tirer son épingle du jeu et se faire remarquer sur une telle plateforme peut donc se révéler très compliqué pour un artiste.

Les galeries en ligne se révèlent aussi inadaptées à certains artistes. De façon générale, ce type de structures n’est pas approprié pour les artistes qui commencent à avoir une côte, le panier moyen d’achat n’étant que de 1 500/2 000€ et le prix des œuvres proposées n’excédant que rarement 5 000€. Plusieurs galeries restreignent quant à elles l’accès à certains types d’œuvres : par exemple, Singulart n’accepte pas que soient vendues sur sa plateforme des « sculptures en verre ou en céramique » en raison de « leur fragilité et de leur difficulté à être transportées sans risque 1  ».

Enfin, l’artiste doit rester vigilant quant aux contraintes et règles juridiques imposées par quelques unes de ces plateformes : si Kazoart interdit légitimement à l’artiste de communiquer via son site « tout élément de contact direct 1  » et lui impose d’avertir la plateforme en cas d’absence de plus de 7 jours, Artmajeur s’accorde de  façon très contestable le droit d’exploiter de quelque manière que ce soit toute œuvre dont la photographie est postée sur son site internet et ce, sans consulter au préalable les artistes et sans leur octroyer la moindre rémunération…

Les atouts et les faiblesses de la galerie d’art digitale pour le collectionneur

De plus en plus répandu, l’achat d’art via une plateforme digitale séduit un nombre croissant d’amateurs d’art. Moins intimidant que l’acquisition en galerie d’art physique, il séduit notamment les nouveaux acquéreurs parce qu’il désacralise une pratique jusqu’ici réservée à un cercle restreint d’initiés. La possibilité d’acheter de l’art sans se déplacer est également intéressante pour celles et ceux qui n’ont pas le temps ou les moyens de se rendre physiquement dans une galerie.

Conscientes de l’importance de mettre en confiance les acheteurs potentiels, les galeries d’art en ligne tentent sans cesse d’accroître l’accessibilité, la transparence et la sécurité du processus d’achat. Ainsi, les collectionneurs se voient proposer des œuvres dont les prix sont abordables et clairement affichés, la possibilité de payer en plusieurs fois, une livraison garantie et sécurisée ainsi qu’une prise en charge des frais de retour en cas de renvoi de l’œuvre. Le délai de rétractation de 14 jours prévu par la loi en matière de vente à distance sert également d’argument de vente à ces plateformes : l’acheteur indécis passe plus facilement à l’acte car il sait qu’en cas d’insatisfaction il pourra facilement retourner l’œuvre et se la faire rembourser.

L’autre argument de poids des galeries d’art digitales est le choix qu’elles proposent. En raison d’une sélection large et diversifiée d’artistes et d’œuvres, ces plateformes sont en mesure de faire le bonheur de tout acquéreur : parmi plusieurs milliers d’œuvres, il y en a forcément une qui sera dans le goût de l’amateur d’art. Afin d’éviter le paradoxe du choix, plusieurs de ces galeries d’art digitales proposent des services destinés à faciliter la prise de décision de l’éventuel acheteur. Tandis que Singulart propose d’effectuer une « sélection personnalisée d’une vingtaine d’œuvres susceptibles de plaire au collectionneur3 », Kazoart met à disposition des amateurs d’art un tchat leur permettant de poser directement leurs questions à l’équipe de la plateforme ainsi qu’un « guide du collectionneur » comportant « 48 pages de conseils pratiques pour s’initier à l’achat d’art[efn_note]https://www.kazoart.com/fr/guide-collectionneur[/efn_note] ». L’amateur d’art peut ainsi être orienté et guidé tout le long du processus d’achat.

Si la digitalisation du processus d’achat d’art offre de nombreux avantages au collectionneur, il ne permet pas à ce dernier de rencontrer l’artiste et d’échanger avec lui comme il pourrait le faire lors d’un vernissage en galerie d’art physique. Afin de palier à cette absence de contact humain entre l’artiste et le collectionneur, Kazoart et Singulart ont tous deux mis en place un service de dédicace permettant à l’acquéreur d’une œuvre d’obtenir un message personnalisé de la part de l’artiste. Artistics, de son côté, propose sur son site une visite vidéo de l’atelier de chacun des artistes que la galerie représente : l’amateur d’art peut ainsi découvrir le lieu de création des artistes, leur manière de travailler ainsi que leur parcours artistique. Par le biais de ces initiatives, l’achat en ligne prend donc une dimension moins impersonnelle.

Au même titre que l’absence de contact avec l’artiste, l’impossibilité de voir physiquement les œuvres d’art demeure un frein pour beaucoup de collectionneurs. Ainsi, 75% des collectionneurs mondiaux sont préoccupés par le fait de ne pas pouvoir inspecter physiquement l’œuvre avant de l’acheter4. Si les progrès de la technologie permettent de mieux en mieux visualiser les œuvres sur un écran, ils sont encore insuffisants pour pallier à cette préoccupation majeure des collectionneurs…

Beaucoup plus récentes que les galeries physiques, les galeries en ligne ont connu un essor considérable ces dernières années au point d’occuper aujourd’hui une place importante dans un secteur artistique fortement impacté par la crise sanitaire.

Face à l’importance croissante de ces plateformes de marché, certains prédisent déjà la fin des galeries d’art physiques dont le déclin semble progressivement s’amorcer. Ayant perdu de leur aura, ces dernières semblent vouées à une disparition certaine.

Pourtant, la difficulté des galeries d’art digitales à gagner en légitimité laisse penser que la fin des galeries d’art physiques n’est pas si inéluctable que ça. Le rapport Hiscox 2020 sur le marché de l’art en ligne affirme même qu’ « il est plus probable que le marché de l’art en ligne reste dépendant de l’infrastructure physique pour faire naître la confiance et encourager les ventes en ligne ».

Aussi, si les galeries d’art en ligne ont connu une expansion extraordinaire ces derniers mois, elles pourraient très bien se retrouver victimes de leur succès : comme le montre le rapport précité, la lassitude du numérique semble gagner les collectionneurs d’art. Ainsi, 48% des acquéreurs d’art interrogés ont déclaré préférer une expérience physique pour acheter de l’art contre 36% en 2019. De la même façon, ils sont seulement 9% à affirmer préférer l’expérience en ligne contre 21% en 20195.

Face à cette évolution du marché de l’art, l’artiste doit peser le pour et le contre et choisir les canaux de vente les plus adaptés à son positionnement artistique. Ne pouvant entièrement se dispenser des galeries d’art physiques, il peut cependant se tourner vers les galeries d’art digitales pour optimiser ses chances de se faire reconnaître et de conclure des ventes. Toutefois, il doit veiller à opérer un choix judicieux et réfléchi entre toutes ces plateformes et privilégier notamment celles qui opèrent une sélection entre les artistes et qui s’impliquent réellement dans le processus d’achat. À défaut, une telle présence sur les galeries d’art en ligne pourra lui être plus préjudiciable que bénéfique…

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  1. Les chiffres ici présentés sont issus de l’enquête menée auprès d’environ 400 collectionneurs français par Nathalie Moureau, Dominique Sagot-Duvauroux et Marion Vidal et dont les résultats sont exposés dans l’ouvrage Collectionneurs d’art contemporain : Des acteurs méconnus de la vie artistique édité en 2016 par le ministère de la Culture.
  2. Ces chiffres sont aussi issus de l’enquête précitée.
  3. https://www.singulart.com/fr/faq
  4. Rapport Hiscox 2020 sur le marché de l’art en ligne.
  5. Rapport Hiscox 2020 sur le marché de l’art en ligne.

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